Trois comptes, trois logiques fiscales

La plupart des guides opposent le REER et le CELI pour la phase d'accumulation. Mais à la retraite, un troisième joueur entre en scène — le FERR — et la question change complètement : il ne s'agit plus de savoir où mettre son argent, mais dans quel ordre le sortir.

Compte Impôt au retrait Rôle à la retraite
REERImposable à 100 %Report d'impôt : on a déduit à l'entrée, on paie à la sortie.
FERRImposable à 100 %Le REER converti, avec retraits minimums obligatoires.
CELIAucun impôtRetraits libres d'impôt, sans effet sur les prestations.

Le FERR : ce que devient votre REER à 71 ans

Un REER ne peut pas vous suivre indéfiniment. Au plus tard le 31 décembre de l'année de vos 71 ans, vous devez le fermer. Trois options : tout retirer (fiscalement désastreux), acheter une rente, ou — le choix le plus courant — le convertir en FERR (Fonds enregistré de revenu de retraite).

Le FERR, c'est le même portefeuille, les mêmes placements — mais avec une nouvelle contrainte : chaque année, vous devez en retirer un pourcentage minimum, fixé par votre âge.

71 ans
âge limite pour convertir le REER en FERR
5,28 %
retrait minimum à 71 ans (facteur prescrit ARC)
5,40 %
à 72 ans — le facteur monte chaque année

Ce minimum grimpe avec l'âge (il dépasse 6 % vers 78 ans et continue de monter). Vous pouvez toujours retirer plus, jamais moins. Et chaque dollar sorti d'un FERR est pleinement imposable, comme un salaire.

Le piège du gros REER. Un REER laissé intact jusqu'à 71 ans peut forcer des retraits FERR si élevés qu'ils vous font grimper de palier d'imposition — et déclenchent la récupération de la PSV. Parfois, décaisser volontairement son REER avant 71 ans, à taux d'impôt plus bas, coûte moins cher au total.

L'ordre des retraits : la vraie décision

À revenus égaux, deux retraités peuvent payer des milliers de dollars d'impôt d'écart selon l'ordre dans lequel ils puisent. Le principe directeur : lisser son revenu imposable dans le temps pour ne jamais gaspiller un palier d'imposition bas, et protéger l'abri fiscal le plus précieux.

La logique générale (à adapter)

Le CELI est l'arme du décaissement. Parce qu'un retrait CELI n'apparaît nulle part dans votre revenu imposable, il permet de couvrir une grosse dépense ponctuelle sans déclencher de récupération de PSV ni de saut de palier. C'est la soupape de sécurité de votre plan de retraite.

Pourquoi une IA ne peut pas trancher ça pour vous

« Dans quel ordre décaisser mes comptes ? » est exactement le type de question où une réponse générique fait plus de mal que de bien. Le bon ordre dépend de la taille relative de vos comptes, de vos autres revenus, de votre conjoint, de vos objectifs de succession et de votre horizon. Deux dossiers identiques sur papier peuvent appeler des stratégies opposées.

Une IA est excellente pour vous expliquer ce qu'est un FERR ou pourquoi le CELI se garde pour la fin. Pour l'ordre optimal appliqué à vos chiffres, il faut vos vraies données — et souvent l'œil d'un planificateur.

Accumuler, c'est de la discipline. Décaisser, c'est de la stratégie. Les deux méritent autant d'attention.

Les facteurs de retrait minimum du FERR (5,28 % à 71 ans, 5,40 % à 72 ans, etc.) et les règles de conversion sont fixés par l'Agence du revenu du Canada (tableau des facteurs prescrits). Ce texte est informatif et ne constitue pas un conseil fiscal ou financier — validez toute stratégie de décaissement avec un professionnel.